Journée d'étude

Outsiders

Occuper autrement le terrain de la recherche en design

10H00 : Accueil des participants et du public
Auditorium - Cité du design

10H30-10H40 : Introductions
Claire Peillod, Marc Monjou, Olivier Peyricot, Laurence Allard.
Auditorium - Cité du design

10H40-12H45 : Pitch Camp
Auditorium - Cité du design
Une douzaine des présentations de designers, architectes, chercheurs (retours d'expériences, propositions, statements...), dans des formats courts (10 minutes maximum) qui pourront prendre diverses formes : performance, lecture, déclaration, (néo-)manifeste, vidéo, happening, stand-up, micro-conférence, etc. :


DÉtail du pitch camp


14H00-17H00 : Tables rondes
Salles de séminaire n°1 et 2 - Cité du design
(2 sessions parallèles), animées par les chercheurs de l'ESADSE et la Cité du design :

Table ronde 1 (Mod. : Olivier Peyricot) :
Commande, adresse et destinations de la recherche 'Outsider'
Dans le prolongement des présentations de la matinée, il s'agira de discuter les conditions dans lesquelles les formes alternatives de recherche peuvent s'énoncer et s'échanger : quels sont les commanditaires réels et/ou potentiels pour ce type de recherches ? Quelles formes de publicité peuvent-elles adopter ? Qui sont les destinataires de la recherche non-académique et sur quelles bases se font ou se défont les communautés de chercheurs ? (...)

Table ronde 2 (Mod. : Marc Monjou) :
Transmission, enseignement et formation à la recherche 'Outsider'
Dans le prolongement des présentations de la matinée, il s'agira de confronter les points de vue, les témoignages, les retours d'expériences (...) concernant les manières d'envisager autrement la recherche avec et pour les étudiants et les étudiants-chercheurs, ainsi que leurs incidences non seulement sur la recherche elle-même, mais aussi sur le devenir professionnel des jeunes chercheurs, sur la lisibilité et la réception de leurs activités de recherche.

Le fruit des deux tables rondes viendra enrichir la programmation du colloque international de mai 2018, en addition des axes déjà portés par le pôle Recherche de la Cité du design.


17H00-18H00 : Conclusions
Auditorium - Cité du design
ConTexte DDR
par Jérémie Nuel.
Synthèse de la journée par Laurence Allard.


10H30-18H00 : ConTexte
Collecter, indexer, publier : dispositif de documentation pour la recherche (DDR)



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Séparateur visuel


Détail du Pitch Camp (10H40-12H45)

Koen Berghmans & Bernardo Robles Hidalgo

La Maintenance comme recherche

Koen Berghmans & Bernardo Robles Hidalgo
Une première approche critique de la maintenance, suivie d'une phase de conception nous ont menés à déclarer que la maintenance est une forme d'architecture. D'une part, les actes d'entretien, ses acteurs et ses outils, spatiaux et autres, sont à assumer comme éléments du projet architectural qu'ils entretiennent et font partie de l'environnement bâti. D'autre part, ils le transforment et font de l'architecture. C'est sur cette base que nous choisissons de parler de la maintenance comme une performance architecturale. Nous réfléchissons actuellement à l'idée de la maintenance comme terrain et outil de recherche. Comme point de départ, nous avons choisi d'exploiter la mine d'informations résultant du processus d'auto-documentation auquel se prête en permanence le monde professionnel de la maintenance. Notre pratique analytique dans nos environnements directs à Bruxelles, en particulier les immeubles de bureaux du World Trade Center et l'espace public de la commune de Saint-Gilles, nous a confrontés à des instances de maintenance aux formes multiples, témoignant de la richesse et diversité des modes de maintenance à l'oeuvre. Leur destinataire est tant celui qui organise (le patron ou le gouvernement), tant leur clientèle (les propriétaires du bâtiment ou l'électorat). Ce travail de documentation a priori fonctionnel offre le potentiel d'être une vraie archive d'architecture, jusqu'à maintenant non revendiquée. Grâce à notre étude de cas à Saint-Étienne, nous avons compris comment certains outils de documentation tentent d'engager les Stéphanois vis-à-vis de leur espace public. Ces outils sont un business, qui s'est étendu mondialement, et un bel exemple de design social qui transforme le simple utilisateur en entreteneur. Revendiquer cette nouvelle archive, c'est l'opportunité de nous installer en tant que chercheurs, et nous en approprier les possibilités émancipatrices. C'est dans ce cadre-là que nous développons aujourd'hui notre recherche, documentée par un manuel de maintenance, afin d'intégrer dans notre pratique d'architectes une compréhension de la thèse : si la maintenance se réinvente comme un acte architectural, quelle place la sphère architecturale donne-t-elle à ses pratiques et acteurs ?



Koen BERGHMANS (1983, Sint-Lucas) et Bernardo ROBLES HIDALGO (1984, ENSAPB) sont architectes et chercheurs autonomes bruxellois qui s'interrogent sur le rôle des pratiques et des métiers de la maintenance et qui la travaillent à l'affirmer comme une forme d'architecture. Bernardo Robles Hidalgo est par ailleurs collaborateur de l'organisation Toestand en tant que coordinateur de projet, s'occupant de l'analyse des usages et du réaménagement d'une place publique de Bruxelles dans le cadre du Contrat de Quartier de la commune de Saint-Gilles. Koen Berghmans est engagé dans la plateforme Potential Office Project, qui questionne la collaboration au-delà des frontières des disciplines, les occupations sociales et la précarité. Les deux font partie de la communauté d'habitation.

Maintenance as craft/l'entretien comme métier , était leur proposition finaliste pour le pavillon belge à la Biennale d'architecture de Venise en 2016. À ce premier travail proposé pour la biennale d'architecture a fait suite Maintenance as architecture / L'entretien e(s)t l'architecture, exposition à la Biennale Internationale Design Saint-Etienne 2017, fruit de la recherche menée en collaboration avec l'ENSASE sur l'entretien de l'espace public à Saint-Etienne. Cette recherche, toujours en cours, a été présentée dans différentes rencontres internationales, comme la conférence Maintainers II, au Stevens Institute of Technology, New Jersey (USA, 2017), et dans diverses écoles d'architecture françaises (l'ENSASE 7 et l'ENSAPL 8) et séminaires inter-écoles (Université Saint-Louis à Bruxelles et l'Université Libre de Bruxelles). Un article extrait de cette recherche fera l'objet d'une publication dans la prochaine édition de la revue architecturale fig.

Léonore Bonaccini & Xavier Fourt

Quel design à l’âge de l’effondrement ?

Léonore Bonaccini & Xavier Fourt
Nous partons de trois citations : « si l'on part du principe qu'il y a des limites physiques à notre monde (c'est une hypothèse de base), alors un effondrement généralisé de notre civilisation thermo-industrielle aura très probablement lieu durant la première moitié du XXIe siècle. » (Pablo Servigne. « Comment tout peut s'effondrer : Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes. » iBooks) / « Il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l'urgence des petits systèmes résilients » [Dennis Meadows (interview de 2012). source : Agnès Sinaï (dir.), Penser la décroissance. Politiques de l'Anthropocène , Les Presses de Sciences-Po, « Nouveaux Débats », 2013, p. 195-210.] / « Je ne suis pas en train de proposer un retour à l'âge de Pierre. Mon intention n'est pas réactionnaire, et pas non plus conservatrice mais simplement subversive. L'imagination utopique, de même que le capitalisme, l'industrialisme et la population humaine, semblent être piégée dans un futur à sens unique constitué seulement de croissance ». (Ursula K. Le Guin).

Ces trois citations donnent à la fois un horizon temporel proche (la première moitié du XXIe siècle) et un but : construire des petits systèmes résilients en mettant en oeuvre une imagination utopique. Nous avons fait le choix de nous situer, de sortir de la définition de l'art ou du design contemporain comme dispositif motorisé et souvent aéroporté et de nous ancrer dans un lieu en Allier. Nous avons choisi un terrain concret, situé, limité, mais ou il soit possible d'inscrire durablement une action collective, la situation en milieu rural nous est apparue avec évidence, comme la seule possible pour une autonomie et/ou réappropriation de ses conditions de vie. Nous posons cela, cet ancrage, ce ré-enracinement, comme objectif premier et nécessaire (mais pas suffisant) de toute démarche de design contemporain.



Léonore BONACCINI & Xavier FOURT (collectif Bureau d'études) Depuis 2000, le groupe d'artistes Bureau d'études développe un travail collectif croisant art, théorie et recherche donnant lieu, notamment à des cartographies. Conscient des limites d'une approche exclusivement critique, ils travaillent depuis 2007 à la mise en place d'un "lieu d'expérimentation sociale" en milieu rural. Enseignent dans le pôle Design à l'École Supérieure de Design à Yzeure (03). Depuis 1995, membres fondateurs et bénévoles du Syndicat Potentiel (Strasbourg, www.syndicatpotentiel.org). Fondateurs du journal La Planete Laboratoire (https://laboratoryplanet.org) et du collectif intermédia artistes/biologistes Aliens in green (http://aliensingreen.eu) avec Ewen Chardronnet. Expositions : « Reset Modernity! », Curator Bruno Latour, ZKM | Karlsruhe, 15 April - 21 August 2016. The Promise of Total Automation, Kunsthalle Wien, 2016. Projets : Zero foot print Campus, Université d'Utrecht (Netherlands), 2016 (www.zerofootprintcampus.nl). Conférences : Symposium "Can design change society, Projekt Bauhaus, Arch+, Haus der Kulturen den Welt, Berlin, September 18, 2015. Publication : Atlas of agendas - mapping the power, mapping the commons, édition Onomatopée, Eindhoven, anglais, 2015. https://bureaudetudes.org

Tiphaine Kazi-Tani

Profaner la science : de la médiocrité graphique des contenus scientifiques, et comment s'en sortir.

Tiphaine Kazi-Tani
L'apparition de l'Université, à partir du XIe siècle, motive l'émergence de multiples modes de consignation, de publication et de diffusion des savoirs, dont la publication scientifique est l'un des avatars. Sa forme contemporaine héritée des modèles cartésien de l'expérience scientifique, et kantien de l'argument rationnel, ne se stabilise et ne se normalise pourtant pas avant les années 1930. À partir de là, le monde académique semble définitivement délaisser le design du contenu éditorial, pour se reporter entièrement sur le design du discours. Cette intervention posera l'hypothèse suivante : la médiocrité du design graphique engagé dans la restitution du travail des chercheurs participe à la construction de la science en tant que discours de vérité. Or, étant admis depuis Nigel Cross que le design constitue un outil épistémique spécifique, nous soutiendrons que le travail du design graphique en tant qu'ensemble des décisions et opérations de "traitement formel des informations et des savoirs, [agissant] sur les conditions de réception et d'appropriation des informations et des savoirs qu'il met en forme" est non seulement apte à augmenter le contenu même du travail de recherche, mais aussi à contribuer à la modification de sa diffusion de son appropriation, et à provoquer la "profanation" - pour reprendre ce concept d'Agamben - de la science en tant que dispositif de savoir-pouvoir.



Tiphaine KAZI-TANI est designer-chercheur.e associé .e au CoDesign Lab de Telecom ParisTech et à la Cité du Design de Saint-Étienne, son travail porte sur des manières mineures ou minoritaires de faire du design, en lien avec des subjectivités politiques dissidentes, marginales (queer, trans*, et généralement en tension avec les cadres perçus de la normalité). Associé.e au commissariat de la Biennale Internationale de Design en 2017, ielle y a également présenté une recherche immersive sur le collectif Gynepunk, qui a fait l'objet d'un design spécifique dirigé par la plasticienne-designer Hélène Mourrier. Depuis 2017, Tiphaine Kazi-Tani enseigne également à l'ESADSE.

Olivier Peyricot

Occuper les marges

Olivier Peyricot
L'occupation des places a marqué les années 2010. Occuper est un rapport de force par l'espace et par la parole. Les marges sont les délaissés de l'organisation sociale. Investir les marges, les occuper, c'est produire le rapport de force : une façon de faire projet, de faire design. La recherche par le design occupe par sa nature même ces marges.



Olivier PEYRICOT est le directeur de la recherche et des éditions de la Cité du Design de Saint-Etienne. Designer diplômé de l'ESDI, directeur de l'agence IDSland pendant 14 ans, puis designer indépendant, spécialisé en programmation urbaine, enseignant dans plusieurs écoles de design dont l'ENSAD Paris. Ses recherches portent sur la culture technique confrontée à la culture design qu'il explore à travers les sujets suivants : véhicules autonomes, design des instances de représentation politique, mutations du travail. Il a été le directeur scientifique de la Biennale Internationale Design Saint-Etienne 2017 « Working promesse, les mutations du travail ».

Damien Baïs & David-Olivier Lartigaud

Le code part en live

Damien Baïs & David-Olivier Lartigaud
Dans le cadre de l'Unité de Recherche Numérique en art et design de l'ESAD Saint-Étienne/ENSBA Lyon, la programmation informatique est au coeur de la recherche. Au Random(lab), en particulier, depuis près d'une décennie, le code est le dénominateur commun de tous les projets réalisés en art et design. Mais cette place du code, omniprésente, n'a jamais vraiment était questionnée par un effet d'"évidence de l'outil". L'invitation à l'occasion d'Outsiders offre donc l'opportunité de mettre le code à l'épreuve et de mesurer sa place au sein d'une recherche expérimentale où de multiples langages coexistent.



Damien BAÏS. Ancien élève Post-diplôme Design & Recherche où il a développé un travail sur le jeu vidéo, le gameplay et la programmation dans le design graphique, Damien Baïs est l'auteur de nombreux jeux vidéos tels SuperLevelTypo, Hide & Seek, TradeWar et NORD-OUEST. Co-fondateur de ".CORP" (atelier de création visuelle - www.corp-lab.com) il développe au sein de ce collectif des projets mêlant programmation, design et art. Depuis 2010, il enseigne la programmation à l'ESADSE (notamment Processing/Arduino). Il est membre du Random(lab).

David-Olivier LARTIGAUD est professeur spécialisé en théorie et pratiques numériques à l'ESAD Saint-Étienne et à l'ENSBA Lyon. Il est responsable de l'Unité de Recherche numérique art et design commune à ces deux écoles. (Random(lab)+Labo NRV). En 2015, il a été co-commissaire avec Samuel Vermeil de l'exposition « A-T-T-E-N-T-I-O-N » à la Biennale Internationale Design Saint-Étienne et co-commissaire en 2013 avec François Brument de l'exposition « Singularité » pour cette même biennale. Il a dirigé l'ouvrage ART++ paru aux éditions HYX (Orléans) en 2011 et Objectiver (éditions Cité du Design-ESADSE) en 2017. Il est docteur en Art et Sciences de l'Art (Esthétique) de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cléa Di Fabio, Elizabeth Hale, Daria Ayvazova et Camille Lamy

Le Grand Écart

Le Grand Écart est le projet de quatre jeunes citoyennes, engagées dans un processus de recherche en design. Il s'agit d'un laboratoire sauvage, né de la proposition du Pôle Recherche de la Cité du Design faite au Cycle Design Recherche de l'ESADSE de penser le « design des instances de représentation politique ». En tant qu'étudiantes-chercheuses au sein du CyDRe, nous nous emparons de ce sujet afin de questionner les enjeux de la citoyenneté. Alors que la frustration citoyenne résonne à nos oreilles, nous définissons nos propres mouvements dans l'expérience d'outils et de scenarii, déplaçant le citoyen-électeur en participant actif de la démocratie. Quant à cette dernière, à laquelle on attache de multiples adjectifs : représentative, participative, directe voire liquide, il s'agit de déterminer sous quelle forme elle paraît la plus souhaitable.



Cléa DI FABIO, Elizabeth HALE, Camille LAMY, Daria AYVAZOVA (Collectif Le Grand Écart - CyDRE/ESADSE)

Le Grand Écart est un laboratoire sauvage composé de quatre jeunes chercheuses engagées dans le Cycle Design Recherche de l'ESAD Saint-Étienne, formé à l'occasion de la proposition du Pôle Recherche de la Cité du Design de Saint-Étienne de penser le « design des instances de représentation politique ». Cléa Di Fabio est designer (diplômée de l'ESBA Angers) ; son travail porte sur la culture de l'amateur et sur le pouvoir de celui-ci à pratiquer et non se contenter d'utiliser, l'environnement avec lequel il co-existe. Camille Lamy (diplômée de l'ESAD Marseille), fait porter sa recherche sur les différentes formes et outils de rassemblement, d'occupation et de revendication dans l'espace public et sur le web, à travers le statut du designer-citoyen et du citoyen-designer. Elle situe sa pratique au croisement du design d'espace, de la performance et des nouveaux médias. Elle s'empare des mutations contemporaines des pratiques contestataires et des modes de rassemblements, pour en révéler ses écritures simultanées sur les deux espaces publiques investis par les luttes, l'un réel, l'autre virtuel. Daria Ayvazova est designer-chercheuse au CyDRe et doctorante à l'Université Jean Monnet (CIEREC) dans le cadre du Doctorat Arts Industriels (UJM/ESADSE). Son travail de recherche concerne les formes dissidentes de design. Après avoir posté son travail dans la jungle de Calais où elle a étudié le camp comme modèle d'organisation spatiale, sociale et culturelle, Elizabeth Hale (designer diplômée de l'ESBA Angers) a rejoint le Cycle Design Recherche où elle poursuit sa recherche critique sur les relations qu'entretiennent design et engagement citoyen.

Sophie Ricard

Voisine, concierge et architecte, une histoire de permanence architecturale

Sophie Ricard
L'idée de l'Université Foraine à Rennes (pour laquelle j'ai accompagné Patrick Bouchain) est simple : questionner le patrimoine dont inoccupé on hérite aujourd'hui, travailler sur le non programme et réouvrir ces lieux aux envies et besoins de la population afin de mettre les bâtiments à l'épreuve par l'usage. Ensemble questionnons en occupant les lieux, une nouvelle manière de fabriquer la ville. En partant des savoir-faire et savoir savants de chacun. La clef est la confiance transmisse à un tiers qui pour un temps donné s'appropriera un espace dans la ville pour y tenir des activités qu'il ne peut tenir ailleurs. L'Université foraine de Rennes a permis de questionner la manière dont nous pouvons réhabiliter autrement un patrimoine à partir des usages et donc d'écrire une nouvelle forme de commande. Nous partons du fait que nous sommes dans une société en perpétuel mouvement qui doit pouvoir accueillir à la fois l'immédiateté du besoin et le temps long de l'expérimentation. Nous sommes à la fois dans une société plus que confortable et émancipée mais qui cependant est fortement déresponsabilisée. Je m'engage donc aujourd'hui dans des projets incluant la capacité d'agir de chacun en partant de ce que j'appelle « la réappropriation du déjà là », c'est-à-dire l'architecture dont nous héritons associée aux désirs de faire de chacun.



Sophie RICARD est architecte diplômée de l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles (2009), formée auprès de l'agence Construire et de Patrick Bouchain durant 6 années. Fortement engagée dans la vie de la cité, elle continue de pratiquer « la permanence architecturale » dans le cadre des projets sur lesquels elle s'investit et travaille aujourd'hui. Aujourd'hui missionnée par la Société Publique Locale d'aménagement de Rennes Métropole, Territoires Publics en tant qu'architecte AMO pour la coordination générale et la maitrise d'ouvrage de l'Hôtel à Projets pasteur à Rennes, il a participé à la réalisation de plusieurs films et de nombreuses publications : Film Documentaire « Construire ensemble à Boulogne sur Mer, Ma voisine cette architecte » de Jacques Kébadian ; « L'étrange Histoire d'une expérinece urbaine » ou l'expérience de l'Université Foraine à Rennes par Julien Donada ; Simone et Lucien Kroll, Une architecture habitée, Actes Sud collection l'Impensé, Coordination Patrick Bouchain ; Pas de toit sans toi, Ouvrage collectif, Actes Sud, collection l'Impensé.

Manuel Bello Marcano & Xavier Wrona

De la recherche fondamentale en architecture à travers l’application de la pensée architecturale.

Manuel Bello Marcano & Xavier Wrona
L'architecture peut-elle sortir des sentiers battus ? L'architecture est une occupation humaine habituellement associée à « la production de bâti ». Cependant, l'accumulation exponentielle de problèmes complexes et massifs dans les sociétés humaines appelle à reconsidérer ce présupposé. Il est relativement récent que la figure de l'architecte ait vu l'objet de ses occupations resserré à la seule production de bâti. Vitruve a dédié de nombreuses pages à la construction de machines, Palladio a utilisé la pensée architecturale pour réformer l'art de la guerre et l'agence AMO de Rem Koolhaas a été récemment missionnée pour imaginer un projet d'évolution de l'Union Européenne à l'horizon de 2050. Cette présentation commence à partir du moment où l'architecture est considérée comme une discipline pouvant être appliquée à tout problème complexe dans la construction de la réalité. À cet égard, nous allons proposer un retour critique sur le programme-atelier de pédagogie/recherche Architecture as a political practice (ENSASE-Transformations) dans le but de dessiner une pratique de la recherche en et par l'architecture. En effet, le programme Architecture as a political practice (Chicago / ENSASE S7) ouvre de nouveaux horizons d'implication aux architectes sur des problèmes majeurs du monde contemporain. L'atelier dessine des perspectives d'emploi et de créations, ainsi que de déploiement des savoirs et des connaissances architecturales dans le réel. C'est dans cette perspective que nous allons évoquer les activités de recherche autour de la "santé publique", sujet actuel du programme et de notre atelier.



Manuel BELLO-MARCANO est architecte (Université Simon Bolivar, Caracas 2003), sociologue et philosophe Franco-vénézuélien. Il est titulaire d'un master en Sociologie des sociétés contemporaines et d'un doctorat en Sciences sociales de l'université Descartes-Sorbonne. Il est Maître Assistant à L'ENSASE où il enseigne les sciences humaines et sociales pour l'architecture et il conduit des séminaires de recherche. Ses recherches et ses écrits traitent des formes de la perception urbaine contemporaine et de la relation entre l'architecture, l'imaginaire et l'animalité. Il a travaillé avec la municipalité de Caracas et a été associé au sein de l'agence d'architecture PROA (Plan 1 Estudio-Venezuela). Directeur du groupe de recherche « Transformations » (ENSASE), il est également membre titulaire du CIEREC (EA 3068) et membre associé du Centre d'Études sur l'Actuel et le Quotidien (CEAQ EA 1511). Il travaille actuellement sur l'anthropozoologie et l'imaginaire architectural à l'épreuve de l'animalité. Ses publications sont parues dans des revues telles queLes Cahiers Européens de l'Imaginaire (CNRS éditions), Sociétés (De Boeck éditions) et le Philotope.

Xavier WRONA est le fondateur de l'agence d'architecture "Est-ce ainsi", une structure qui travaille pour recentrer la pratique architecturale sur ses conséquences politiques et sa possible participation dans la réforme du vivre ensemble. "Est ce ainsi" articule une lecture critique de la figure de l'architecte à travers l'histoire de la production d'architectures démesurément minimales avec une attention particulière concernant les moyens de production de l'environnement construit. Architecte DPLG, Xavier Wrona est diplômé de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette et du Georgia Institute of Technology d'Atlanta. Entre 2002 et 2010 il a enseigné au sein de l'atelier Franco-Américain, Georgia Tech Paris Program à l' ENSAPLV à Paris et à l'ENSAPBX de Bordeaux et est maintenant enseignant à L'ENSASE. "Est-ce ainsi" a reçu le prix des Jeunes Architectes et Paysagistes de la part du Ministère de la Culture en 2010. Il a produit l'exposition théorique "Georges Bataille, Architecture, Chicago et l'ordre du monde : Un essai d'Économie Générale" ainsi que la série TV dédiée à l'architecture "After the revolution" dans les quartiers sud de Chicago en 2015. Il est actuellement doctorant à l'École Normale Supérieure de Paris sous la direction de Pierre Caye.

Daria Ayvazova

Les échappés du design

Daria Ayvazova
Dans un monde saturé de designers et où le design est omniprésent (Foster, 2002 ; Lipovetsky, 2013), certains représentants de la discipline se trouvent dans une situation paradoxale : la dissonance consiste en une rupture entre leur engagement personnel et les valeurs imposées par le modèle qui domine le design (i.e. : hyper-rentabilité, détournement de la vocation culturelle du design, etc.). La recherche en design, inutile aux yeux de l'économie du marché néo-libéral, permet à ces designers dissidents de « quitter la sphère de l'efficacité » (Unger, 1921 ; Rodgers, Innella, Bremner, 2017), de ménager une zone d'autonomie où il devient possible de remettre en question les origines de la discipline (Decolonising Design Group, 2016) et de reformuler leur propre pratique.



Daria AVVAZOVA étudiante-chercheuse au Cycle Design Recherche de l'ESAD Saint-Étienne et doctorante à l'Université Jean Monnet (CIEREC). Elle est diplômée de l'ESAD Saint-Étienne en Design d'objet. Sa recherche interroge des questions de la responsabilité et de l'engagement des designers et la façon dont leur pratique s'adapte aux défis sociaux.

Marc Monjou

Neutraliser la recherche (ou pas) ?

Marc Monjou
Neutraliser la recherche (ou pas) ? À côté du modèle dominant de la recherche hérité des Lumières et renforcé par l'esprit positif du XIXe siècle, modèle principalement basé sur les faits (Comte, 1842; Macherey, 1989), on peut faire l'hypothèse d'un champ de recherches "non-scientifiques", capable d'accueillir en son sein les disciplines et pratiques de recherche à vocation non pas descriptive mais plutôt constructive, technique, inventive, projective, clinique, prescriptive, etc. : arts, médecine, droit, ingénierie/technique, politique, architecture, design. Ce modèle dissident de recherche, marginal, repose sur l'idée que si l'impératif de description scientifique impose de s'en tenir aux faits et à la neutralité axiologique défendue par Max Weber (Weber, 1917-19 ; Heinich, 2002 et 2017), l'activité transformatrice ne peut pas opérer sans une visée, un horizon, une polarité, un sens, une direction, bref, sans des valeurs (Heinich, 2017).



Marc MONJOU. Théoricien du design, Marc Monjou est responsable de la recherche à l'École supérieure d'art et design de Saint-Étienne, où il dirige la revue Azimuts depuis 2011 et co-dirige le Cycle Design Recherche (CyDRe). Il a publié de nombreux articles et a été co-commissaire des expositions C'est pas mon genre ! (Francfort, 2013) et Tu nais, tuning, tu meurs (Saint-Étienne, 2015). Ses travaux actuels discutent les conditions d'acceptabilité d'un champ de recherches non-scientifiques, dont le design pourrait être la figure de proue.

marc.monjou@esadse.fr - http://marcmonjou.fr - http://revue-azimuts.fr

Sylvia Fredriksson

L’Expérience Tiers-Lieux – Fork the world

Sylvia Fredriksson
Le tiers-lieu est probablement le plus important projet politique concernant le travail depuis celui du plein emploi du XXe siècle. Pourtant, le "tiers-lieu ne se définit pas par ce qu'il est, mais parce que l'on en fait !". Alors, afin de comprendre ce qui s'y joue et la place que le design y tient, nous avons développé entre 2016 et 2017 un processus collectif intitulé L'Expérience Tiers-Lieux - Fork the world, au prisme de la recherche par le design, présenté lors de la Biennale Internationale Design 2017 (Saint-Étienne, France). Impliquant citoyens, entrepreneurs, associations, décideurs dans des formes de collaborations inédites, L'Expérience Tiers-Lieux déploie des processus et une analyse portée sur 5 axes de recherche (modèles d'organisation et de gouvernance, patrimoine commun, libre appropriation, émancipation et transmission, résilience et modularité). Ce travail de recherche constitue une grille de lecture pour se saisir des mutations sociales, économiques, environnementales, techniques et esthétiques qui nous traversent. Il pose aussi les premiers jalons d'un outillage dédié à bâtir un référentiel commun pour favoriser la coopération entre les acteurs. Le design s'y affirme comme "posture permettant de produire des choix de modes de pratiquer", une occasion pour "mettre de la tension dans les chaînes de production de la société industrielle [...] et produire de la diversification."(4) Si la technique est orientable, le design agit au sein du processus tiers-lieu comme un agent de transformation de nos modalités de faire projet. Il est un démonstrateur d'autres formes d'économie en croissance créatrice basée sur les communs.



Sylvia FREDRIKKSON est designer et chargée de recherche à la Cité du design de Saint-Étienne. Elle fait porter ses projets sur la valorisation des communs et travaille autour des enjeux d'appropriation citoyenne des technologies et des cultures numériques comme levier d'émancipation de la société civile. Diplômée de l'Ensaama Olivier de Serres, des Gobelins, puis spécialisée en hypermédia à l'Université Paris-8, Sylvia Fredriksson a mené un parcours de recherche à l'ÉNSAD Paris au sein du programme ECRIVIL - Writing the city sous la direction de Ruedi Baur et Sébastien Thiery. Entre 2006 et 2016, elle collabore à la mise en oeuvre de projets numériques et artistiques dans les champs de la médiation culturelle et de l'urbanisme. (Orbe, Agence de reconfiguration territoriale AWP, Collectif Work on Stage, Collectif Kom.post). Elle enseigne entre 2011 et 2016 les cultures numériques, le design d'information et l'UX design (CNAM, Université Paris 1-Sorbonne, Campus La Fonderie de l'image, Paris College of Art). À partir de 2012, elle s'associe en tant que militante aux actions de l'ONG Open Knowledge Foundation, dédiée à la promotion des savoirs libres. Elle est également membre du collectif SavoirCom1, et participe aux travaux de la plateforme Remix The Commons, documentant les idées et pratiques entourant la question des biens communs. Depuis 2016, elle est chargée de recherche à la Cité du design de Saint-Étienne. Elle y coordonne notamment le programme Design des Instances dédiée aux formes de représentations citoyennes ainsi que le commissariat scientifique de l'Exposition L'Expérience Tiers-Lieux - Fork The World dans le cadre de la Biennale Internationale Design 2017.

David Benqué

Idiotique de pointe

David Benqué
Le design est outsider parmi les disciplines de recherche, et le design spéculatif et/ou critique est outsider parmi la recherche en design. Recroquevillé dans cette double niche, je cherche, je fais des trucs. La figure de l'idiot émerge de sous un tas de livres où il était en train de se marrer. Il me dit qu'on va justifier l'absurde comme méthode légitime de création de savoir. Je le suis...

"L'ancien idiot voulait le vrai, mais le nouveau veut faire de l'absurde la plus haute puissance de la pensée, c'est-à-dire créer."
Deleuze, G. and Guattari, F. (2013) Qu'est-ce que la philosophie ? Éditions de Minuit.

"Deleuze's idiot [...] is the one who always slows the others down, who resists the consensual way in which the situation is presented"
Stengers, I. (2005) 'The Cosmopolitical Proposal', in Weibel, P. and Latour, B. (eds), Carey-Libbrecht, L. (tran.) Making Things Public. Atmospheres of Democracy. MIT Press (MA).

"we suggest the building of speculative machines that encourage idiotic speculation. Such machines, designed properly, are like a computer terminal for financial speculators, but for idiotic speculators."
Guggenheim, M., Kraftner, B. and Kroll, J. (2017) 'Creating idiotic speculators Disaster cosmopolitics in the sandbox', in Wilkie, A., Savransky, M., and Rosengarten, M. (eds) Speculative Research. Routledge.



David BENQUÉ est designer/chercheur et doctorant au département Information Experience Design du Royal College of Art de Londres. Il est diplômé de l'Académie Royale de la Haye en graphisme et typographie, ainsi que du Royal College of Art de Londres en Design Interaction. Sa pratique du design interroge la place des sciences et des technologies dans notre société à travers des installations, publications et scénarios. Son projet de recherche actuel porte sur les pouvoirs supposés des algorithmes 'prédictifs' et l'influence de ceux-ci sur les imaginaires collectifs. Il enseigne le design à la Goldsmiths University of London.

Jérémie Nuel

ContTexte. Dispositif de documentation pour la recherche

Jérémie Nuel
Durant toute la journée d'étude, une équipe animée par Jérémie Nuel expérimentera un dispositif numérique de notation et documentation qui sera accessible à tous les participants et au public sur le réseau local ; chacun pourra enrichir le contenu à sa guise, en direct. En fin de journée, les données seront extraites dans un format inter-opérable et traitées pour être réintégrées dans d'autres dispositifs...



Jérémie NUEL est designer graphique, enseignant en pratique numérique à l'École supérieure d'art et de design de Saint-Étienne et chercheur au laboratoire Random(lab). Il s'intéresse plus particulièrement aux dispositifs qui exposent le mode d'existence des informations. En 2016 et 2017, il a collaboré à des projets artistiques, éditoriaux, et des séminaires : Undershoot (résidences de création, Nouvelle Aquitaine) et Stream a river (résidence de recherche, Canada) avec Cindy Coutant ; Elif : Résistance électronique, stratégie éditoriale et cyber-féminisme, séminaire, ENBA Lyon et l'ESAD St-Étienne.

Laurence Allard

Laurence ALLARD est Maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication. Elle enseigne à l'Université Lille 3 et est chercheuse à l'IRCAV-Paris 3. Ses recherches portent sur les usages ordinaires, créatifs et citoyens des technologies de communication (Internet, téléphone mobile, objets connectés). Elle est co-fondatrice de l'association "Labo Citoyen". Elle est l'auteure de Mythologie du portable (ed. Cavalier Bleu, 2010) et a co-dirigé Téléphone Mobile et Création avec Roger Odin et Laurent Creton (Armand Colin, 2014) ainsi que l'anthologie Donna Haraway, Manifeste Cyborg et autres essais. Sciences, Fictions, Féminismes (Exils, 2007).

Wiki professionnel : http://culturesexpressives.fr/ ;
Blog (consacré à l'actualité des usages mobiles) : http://www.mobactu.org/.

Laurence Allard est actuellement en résidence au Carrefour Numérique à la Cité des Sciences pour le projet CommUnJeu.