Mutatis Mutandis

Du 01 au 09 Mars 2019
Les étudiants de l'Esadse exposent à la Triennale de Milan

Affiche mutatis mutandis
Elaborée dans le prolongement de la thématique de la Triennale Broken Nature, l'exposition, développée en deux temps, se compose de l'Orgue à Larsen de Thomas Barbé, Potagia de Martin Sauvadet et Graal de Thomas Larbain, tous trois diplômés de l'Esadse en 2018.

S'il est nécessaire aujourd'hui de réagir à l'urgence de l'impact de nos civilisations sur la Nature, par leur travail, les designers et les artistes disposent d'une responsabilité capitale tant dans le développement de nouveaux usages et matériaux que dans l'émergence de nouvelles formes de pensée. L'exposition Mutatis mutandis associe les travaux de trois designers dont les projets ont la particularité d'explorer les mutations de l'environnement, qu'il soit tour à tour sonore, agricole ou bien de l'ordre de l'objet.
Faisant appel à notre attention auditive, l'Orgue à Larsen de Thomas Barbé, agrège les sons qui nous entourent grâce à un dispositif sculptural étudié pour produire une « musique de l'instant ». Avec Potagia, Martin Sauvadet se penche sur la création de serres d'urgence adaptables et modulables entrelaçant la mise en culture de l'organique avec celle du politique. Thomas Larbain, lui, étudie les transformations formelles du Graal, depuis son histoire, son mythe, jusqu'à sa transcription objectivée. Ces trois projets, dans leur approche non segmentée du design, nous permettent de penser le commun, la perception et l'écoute, la forme et ses usages, ouvrant de généreuses perspectives quant à la question de nos futurs potentiels.

Faisant partie de l'établissement public de coopération culturelle Cité du design - École Supérieure d'art et design de Saint-Étienne, l'ESADSE est un établissement d'enseignement supérieur artistique agréé par le Ministère de la culture. Portée par Ville de Saint-Étienne - ville UNESCO de design, Saint-Étienne Métropole, la Région Auvergne - Rhône-Alpes et l'État, l'École est une plate-forme de recherche, de développement économique et de valorisation des pratiques artistiques et du design.

Commissaire : Claire Peillod, Directrice déléguée de l'ESADSE

L'ORGUE À LARSEN - Thomas Barbé (DNSEP design média 2018)

Thomas Barbé se penche sur la question de l'écoute. Comment la société, la technologie influence notre écoute, notre approche et notre compréhension du monde ; et comment notre rapport au sonore évolue tout au long de notre vie.
Aujourd'hui dans un monde où l'environnement sonore naturel est couvert de bruits artificiels et de musiques enregistrées, un réapprentissage de l'écoute est nécessaire. Alors comment proposer une expérience, une composition qui questionne et qui réveille l'écoute au sens large et redonne sa place à un son naturel quoiqu' électrifié ?

« L'espace contient déjà ses harmoniques, il est riche de sons », Alvin Lucier.

L'installation « L'Orgue à Larsen » cherche à créer une musique symbiotique, une musique du lieu et de l'instant, dans le but d'amener à une écoute plus authentique et in-situ.
Dans un espace artificiel ou naturel, différents contenants (tube, bombonne, bidon) sont disposés afin de façonner l'espace acoustique. Chacun de ces contenants accorde le lieu selon son volume et son matériau. Chaque instrument présente deux ouvertures, l'une sur le dessus permet d'y faire entrer un microphone piloté par un moteur, l'autre sur le dessous est fermée par un haut-parleur. Le son singulier produit est un larsen harmonisé.
Dans ce dispositif, les outils de captations et de diffusion forment un seul et même instrument, l'espace environnant en étant la caisse de résonance. Le dispositif et le lieu créent ensemble le timbre du son produit, sa personnalité et la couleur de la composition. Le tout est régi par un aléatoire numérique qui renouvelle sans arrêt les variations.
Via cette installation, le spectateur est invité à se réapproprier le monde sonore en devenant compositeur de ce qu'il écoute.
L’Orgue à Larsen, 2018, Thomas Barbé ©SBinouxL'Orgue à Larsen, 2018, Thomas Barbé ©SBinoux

POTAGIA - Martin Sauvadet (DNSEP design objet 2018)


Potagia est une ferme d'ultra-proximité à l'usage des communs. Elle se présente comme une installation manifeste et pédagogique afin de rendre au design une valeur politique, sociale et environnementale.
La ferme d'urgence se présente comme modulable et adaptable aux différents milieux possibles. L'avantage de la modulation présente une contradiction quant au principe même de cultiver une terre. Certains diront qu'il faut dix ans pour obtenir des résultats d'abondances. Ici Martin Sauvadet propose une culture hors sol qui par la force des choses ne dépend plus du sol mais uniquement de l'attention portée aux cultures. En effet le terreau doit être travaillé en fonction des qualités nutritives de la terre, les qualités d'ensoleillement peuvent être augmentées ainsi que les températures et taux d'humidité. Pour ce projet, les outils pour faire pousser les fruits et légumes sont issus de matériels domestiques (ventilateurs, lampe led, pompe d'aquarium).
Afin de rendre un travail pourvu d'un sens et d'une joie à l'exécution, le mobilier dessiné prend des formes et des couleurs généreuses. L'assiette se remplit d'un imaginaire débordant.
Potagia, 2018, Martin Sauvadet ©SBinouxPotagia, 2018, Martin Sauvadet ©SBinoux

GRAAL - Thomas Larbain (DNSEP design objet 2018)


Thomas Larbain débute son travail par l'étude théorique d'un objet : le graal. En tant que designer il a souhaité comprendre comment cet objet s'est créé, s'est mis en forme. Il constate alors qu'il s'agissait à l'origine d'un plat à viande et que celui-ci s'est progressivement transformé en coupe. Cette métamorphose est due à la mort du premier auteur du graal : Chrétien de Troyes. L'auteur de « Perceval, ou le conte du graal » laisse son roman inachevé en héritage à de nombreux écrivains qui vont poursuivre ou en réécrire l'histoire. Au fil de ces réécritures, l'objet mute et se transforme.

Suite à cette étude, Thomas Larbain met en place un protocole de travail sous forme de quête inachevée dans lequel la réécriture donne forme aux objets. Les choix, les formes et les usages se transforment au fil de ses séries.

Afin de tester avec neutralité ce protocole, cinq objets type sont choisis :
- Une chaise en tant que pilier archétypal du design
- Un cadran solaire pour sa dimension anthropologique
- Une cafetière à piston, emblème du design industriel
- Enfin, deux objets au fort potentiel mythologique : un miroir (mythe de Narcisse) et un vase (mythe du jardin)

À travers ce protocole, Thomas questionne la place du temps dans le travail du designer jusqu'à l'instant où l'on considère un objet comme terminé, fini. En proposant de faire disparaitre cette échéance il créée des objets non figés et évolutifs, que ceux-ci s'améliorent ou s'endommagent. Chaque série à ses propres qualités et ses défauts. Leur forme ne dépend plus de leur fonction et il s'agit d'appréhender ce projet comme une succession de catégories d'objets qui pourraient trouver un usage dans un contexte plus précis. Ainsi, c'est son travail de designer lui-même qui pourrait sensiblement s'assimiler à une quête du graal, c'est la recherche d'un idéal qui n'existe pas et d'un objet utopique qui s'émancipe de la mode et de son temps.
Graal, vase, 2018, Thomas Larbain ©SBinouxGraal, vase, 2018, Thomas Larbain ©SBinoux
Du 01 au 09 mars 2019

Galerie de l'Institut français de Milan

Palazzo delle Stelline
Corso Magenta 63